INTERVIEW – Emmanuelle Ménard : « À Béziers, nous faisons l’union des droites à Béziers depuis dix ans »

16 juin, 2024 / Entrevue

À l’aube des prochaines élections législatives, Emmanuelle Ménard, députée sortante de l’Hérault, se confie sur les défis politiques à venir, la dissolution surprise de l’Assemblée nationale par Emmanuel Macron, et ses positions indépendantes. Dans cette interview, elle partage ses réflexions sur l’union des droites, ses divergences avec le Rassemblement National, et ses priorités pour la France, tout en affirmant son engagement son indépendance politique et la défense de son territoire.

Entrevue : Emmanuelle Ménard bonjour ! Vous êtes députée sortante de l’Hérault. La dissolution, c’était une folie ou pas ?

Emmanuelle Ménard : La dissolution a d’abord été une énorme surprise. Il y avait des rumeurs, mais tout le monde disait que monsieur Macron ne ferait jamais ça avant les JO. Effectivement, ça a été une très grosse surprise, et je crois qu’il prend un énorme risque. Quand on voit les projections sur les résultats potentiels, je crois que la macronie ne va pas sortir vainqueure de cette élection.

C’est un risque personnel pour Emmanuel Macron ? Vous ne considérez pas que l’arrivée au pouvoir de Jordan Bardella serait un risque.

Emmanuelle Ménard : Effectivement, c’est un risque pour Emmanuel Macron, mais c’est un risque qu’il prend égoïstement, sans tenir compte de ses députés. Je peux vous garantir que dans les députés de la majorité, il y a un peu de colère.

Vous étiez députée de la majorité, députée RN, ou non-inscrite ? Certains disent que voter Emmanuelle Ménard c’est voter pour un macroniste. Pouvez-vous clarifier votre position ?

Emmanuelle Ménard : Je peux vous garantir que la majorité ne me considérait pas comme faisant partie de leur camp. C’est ridicule. C’est un slogan sorti au moment de la réforme des retraites. Je n’avais pas la même position que le RN sur la réforme des retraites, et souvent avec le RN, si on n’est pas d’accord, on est contre leur camp. C’est ridicule. Sur la réforme des retraites, j’ai écouté Jordan Bardella, et c’est rétropédalage total. Ils ne feront pas la réforme qu’ils avaient annoncée. Jordan Bardella a déjà dit qu’ils vérifieraient avec un audit s’ils pourraient appliquer leur réforme. En réalité, j’avais raison en disant que la réforme de monsieur Macron n’était pas bonne. On a entendu encore des corps s’exprimer sur la réforme, disant qu’elle n’était pas suffisante. Les événements me donnent raison.

Économiquement, vous êtes plutôt libérale. C’est votre différence avec le RN ?

Emmanuelle Ménard : Oui, je suis plutôt libérale. J’ai envie de redonner de la marge de manœuvre et du souffle aux entreprises. Je ne suis pas sur le discours de gauche disant que les patrons sont méchants. Les patrons en France font vivre l’économie française. Tous ne sont pas des esclavagistes. Certains se comportent plus ou moins bien, c’est vrai. Mais globalement, chez nous, on a un énorme tissu de petites et moyennes entreprises. Ce sont eux qui font vivre le territoire. J’ai envie de leur redonner du souffle et la possibilité de tirer l’économie de notre département vers le haut.

Pour ces élections législatives, vous partez sans étiquette. Habituellement, vous avez le soutien du RN, parfois du Mouvement pour la France de Philippe de Villiers. Vous vous positionnez comment ? Allez-vous vous positionner dans l’accord d’Éric Ciotti avec Jordan Bardella ?

Emmanuelle Ménard : Je ne peux pas me positionner dans l’accord d’Éric Ciotti car je n’appartiens pas aux Républicains. Ce sont des accords d’appareils. Je ne suis dans aucun appareil. En 2017, j’avais été soutenue par des partis politiques dont le RN. En 2022, j’avais fait le choix de repartir sans étiquette, sans soutien de parti politique. Je recommence ainsi car ce qui se passe dans les partis politiques donne une image déplorable de la politique. Je revendique mon indépendance. C’est l’esprit biterrois. Les biterrois sont fiers, résistants, et n’attendent pas les ordres de Paris. Moi, je ne prends pas mes ordres à Paris. Je suis indépendante et je défends mon territoire et ses habitants.

Vous faites l’union des droites depuis une décennie à Béziers avec Robert Ménard. Éric Ciotti, vous pouvez saluer sa décision ou alors pensez-vous qu’il doit être exclu des Républicains comme le prônent Aurélien Pradié, Annie Genevard et d’autres ?

Emmanuelle Ménard : L’exclure des Républicains, ce n’est pas de mon ressort car je ne fais pas partie de son parti. Je ne critique pas sa décision. Nous faisons l’union des droites à Béziers depuis dix ans. Nous avons des conseillers du RN, des Républicains, et d’autres sans étiquette comme moi. Ça marche très bien car on a un projet commun : défendre Béziers, faire grandir, embellir notre ville, la rendre plus sûre, plus belle. Les Biterrois sont assez contents de l’action municipale.

Vous faites partie des non-inscrits à l’Assemblée nationale depuis une législature et demie, donc vous avez un peu moins de moyens. Avec les projections, le RN est bien parti pour avoir une majorité. Le 7 juillet prochain, si vous êtes réélue députée de l’Hérault, êtes-vous prête à rejoindre un groupe, une majorité, l’opposition, ou resterez-vous non-inscrite ? Que ferez-vous le 7 juillet prochain si vous êtes réélue ?

Emmanuelle Ménard : Je garde mon indépendance car j’y tiens beaucoup. Quand le RN a une bonne proposition, je vote pour. Quand ce sont les Républicains, je vote pour. Et quand c’est un autre groupe politique, je vote pour ce qui me semble le mieux pour la France. Je suis d’accord avec 70 ou 80% de ce que propose le RN. Sur l’immigration, la sécurité, on a des points d’accord sur presque tout. Parfois, on a des avis divergents, mais c’est aussi ça gouverner un pays. Encore une fois, je ne suis pas le petit doigt sur la couture du pantalon. Je déposerai des amendements comme je l’ai toujours fait. Je crois qu’on reconnaît ma capacité à travailler beaucoup. J’aurai beaucoup de propositions. Si elles conviennent, elles seront adoptées, sinon elles ne le seront pas. Mais je continuerai à proposer.

Vous pourriez rejoindre un gouvernement, si on vous le proposait ?

Emmanuelle Ménard : (rire) Je ne crois pas que ce soit d’actualité.

Le mot d’ordre de Bardella est « rassemblement, rassemblement, rassmblement ». Le RN présentera un candidat face à vous ?

Emmanuelle Ménard : Je pense que le RN a l’intention de présenter un candidat contre moi. Ils n’estiment pas que je sois tout à fait en accord avec leurs propositions. Ça m’étonnerait qu’ils me fassent une proposition d’entrée au gouvernement. Tout est permis, on peut rêver, mais franchement je n’y crois pas.

Vous êtes la compagne de Robert Ménard, qui avait appelé à voter pour François-Xavier Bellamy. Pour les élections européennes, vous avez également voté Bellamy ? Vous n’avez pas donné de consigne de vote.

Emmanuelle Ménard : Ni Robert, ni moi, ne donnons de consigne de vote. Nous sommes jaloux de notre indépendance, donc nous ne donnons pas de consigne de vote. Dans notre majorité, il y a des gens du RN, des LR et des sans étiquette. On ne donne jamais de consigne de vote car les gens sont libres de leur vote.

Robert Ménard a quand même annoncé un soutien à François-Xavier Bellamy.

Emmanuelle Ménard : Il a dit que lui personnellement voterait François-Xavier Bellamy et j’ai fait la même chose. J’ai voté pour François-Xavier Bellamy. Mais ce n’est pas pareil de dire pour qui on vote et d’appeler à voter. Nous ne donnons jamais de consigne de vote. Notre indépendance est sacrée pour nous, et nous respectons celle des autres.

Vous craignez une majorité sous l’égide de Jean-Luc Mélenchon, de ce nouveau Front Populaire, de la gauche ?

Emmanuelle Ménard : Ça serait une catastrophe. C’est honteux cette appellation car ça n’a rien à voir avec le Front Populaire. Bien sûr que ça fait peur, parce qu’ils ont fait un accord qui ne choque personne. Monsieur Ciotti appelle à se rallier au RN, tout le monde hurle, mais quand les socialistes s’allient aux communistes et à la France Insoumise, ça ne choque personne. Moi, ça me fait peur car Jean-Luc Mélenchon Premier ministre, c’est la catastrophe pour la France.

Jean-Luc Mélenchon serait le plus grand danger pour la France ? C’est ce que vous craignez le plus le 7 juillet prochain ?

Emmanuelle Ménard : La France Insoumise a démontré depuis sept ans, mais particulièrement depuis deux ans, que c’était eux le danger pour la France. C’est impossible de travailler avec eux. Ils sont dans le chaos permanent, dans le coup d’éclat permanent. Ils n’ont pas envie que la France progresse. Ils veulent le blocage, le chaos et la violence. Moi, je ne peux pas cautionner ça. C’est vraiment dangereux pour la France.

Quelle sera la priorité absolue à actionner par cette nouvelle majorité le 7 juillet prochain ?

Emmanuelle Ménard : Il y a vraiment trois thèmes majeurs pour les Français : le contrôle de l’immigration, rétablir la sécurité et l’autorité en France, et agir pour le pouvoir d’achat et l’économie française en général.

Propos recueillis par Radouan Kourak